Femmes : l’égalité reste à construire

Depuis 1977, sur décision de l’ONU, la Journée de la Femme est célébrée chaque 8 mars dans le monde entier.

L’occasion de faire le point sur les progrès, parfois les reculs, des droits des femmes, de mesurer tout ce qu’il reste à accomplir pour surmonter les préjugés, qui n’épargnent pas les tenants de l’égalité. Bref, de réfléchir pour mener un combat nécessaire.

Un combat qui a commencé il y a bien longtemps contre un prétendu ordre de la nature, jugé aussi immuable que parfait. Pesant tellement sur les esprits qu’en 1791, période pourtant favorable à une remise en cause globale des idées reçues, la Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne, écrite par Olympe de Gouges, fut mal accueillie : la Révolution française passa à côté de cette révolution-là et ne devint pas le pays des droits de la femme.

Trop tôt, sans doute. Les femmes françaises durent attendre plus d’un siècle et demi, le 21 avril 1944, pour qu’on leur reconnaisse officiellement un droit aujourd’hui jugé élémentaire, celui de voter. Droit qu’elles exercèrent pour la première fois le 21 octobre 1945 (1).

Pendant ce temps, d’autres pays avaient avancé – et même devancé la France. Les Néozélandaises furent les premières citoyennes d’un pays souverain (2) à voter en 1893. Suivies par leurs homologues de l’Australie (1902), l’Allemagne, la Hongrie (1918), des Etats-Unis, de l’Albanie (1920), la Mongolie, du Kazakhstan (1924), de la Turquie (1930), l’Espagne, du Sri-Lanka (1931), du Brésil, de Cuba (1934) pour n’en citer qu’une partie. Depuis, la liste n’a cessé de s’allonger : le dernier pays en date, est le Koweit (2005)

Des écarts de salaires injustifiés et importants

Le travail rémunéré a été décisif dans cette émancipation des femmes françaises : pendant la première guerre mondiale, les femmes ont remplacé les hommes dans les usines, les bureaux et les chantiers. La guerre finie, elles ont été de plus en plus nombreuses à travailler avec leurs collègues masculins, à acquérir des compétences professionnelles équivalentes. Aujourd’hui, la loi exige qu’à travail égal chacun reçoive le même salaire.

Pourtant, les revenus que les femmes tirent de leur travail restent inférieurs à ceux des hommes : – 27 %, toutes durées confondues ; – 20 % à temps plein ; – 10 % à poste et expérience équivalents (Observatoire des inégalités).

Dans les métiers du bâtiment, les femmes, qu’elles soient chefs d’entreprise, conjointes, salariées ou apprenties, restent rares. Pour une organisation professionnelle comme la Capeb, il est vital qu’elles occupent une plus grande place, tant dans l’activité syndicale qu’au sein des entreprises. Aussi déploie-t-elle depuis un certain temps déjà des initiatives visant à rendre ces métiers accessibles aux femmes (concours « Conjuguez les métiers au féminin »), à les rajeunir (rôle des « artisans messagers » dans les collèges).

Parallèlement, la Capeb porte son attention sur le rôle, insuffisamment reconnu, des conjoints d’artisan. Elle les encourage à choisir un statut, comme la loi les y oblige, qui reconnaisse leur spécificité. La Capeb se préoccupe aussi de leur formation au moyen de stages tels que le Geab (Gestion de l’entreprise artisanale du bâtiment).

L’adoption d’un statut, la formation des conjointes, l’accès des femmes aux métiers sont des combats majeurs du syndicat des artisans du bâtiment qui s’est doté pour cela, et ce dès 1979, d’une Commission spécialement dédiée, la CNFA (Commission nationale des femmes d’artisan). Celle-ci est présidée par une femme, membre du Conseil d’administration de la Capeb, Catherine Foucher. Des commissions départementales, dont la structure est calquée sur celle de la CNFA, permettent à celle-ci d’être présente partout et d’avoir une action coordonnée sur le territoire national (DOM-TOM inclus).

Quant aux responsabilités occupées par des femmes dans les instances de la Capeb, outre Catherine Foucher, Sabine Basili, vice-présidente de la Confédération, et Corine Postel siègent au conseil d’administration. Dans trois Capeb départementales, les artisans ont porté une femme à la présidence : il s’agit des départements du Morbihan, des Deux-Sèvres et de la Haute-Saône.

Par ailleurs, 29 femmes sont secrétaires générales départementales. Au sein du personnel administratif national, le secrétaire général et le secrétaire général délégué sont des hommes et sur les huit chefs de service, on compte trois femmes et cinq hommes. Pour ce qui est des chargés de mission, les femmes sont majoritaires puisqu’elles sont quinze sur un total de vingt-cinq. Sur l’ensemble du personnel, on dénombre exactement 43 femmes et 43 hommes.

Les femmes votent, les femmes travaillent, les femmes s’émancipent mais il leur reste encore des objectifs importants à atteindre avant d’être sur un pied d’égalité avec les hommes. L’un des objectifs, qui peine à s’imposer, est d’atteindre la parité dans les différentes instances politiques, économiques, sociales.

Selon les chiffres de l’Observatoire des inégalités, depuis les dernières élections, la Haute-Assemblée compte 76 sénatrices (21,5 % contre 21,9 % avant), enregistrant un léger recul, tandis qu’à l’Assemblée nationale, le nombre des députées a augmenté lors des dernières élections de 2007 et elles représentent 18,5 % des parlementaires (12,5% avant). « A ce rythme de progression en nombre de sièges obtenus par les femmes (+ 36) la parité serait atteinte à l’Assemblée dans 25 ans, sauf s’il se passe le même phénomène qu’au Sénat », commente méchamment l’Observatoire des inégalités.

Quant à la magistrature suprême, elle n’a jamais été exercée en France que par des hommes. Même si dans la période récente quelques candidates ont tenté de s’y hisser ou s’apprêtent à le faire. Une seule femme, Edith Cresson, a dirigé le Gouvernement de la France, pendant une courte période (15 mai 1991 – 2 avril 1992).

Nous nous sommes surtout intéressés à notre pays. Mais, de même, au-delà des frontières, les femmes n’ont plus rien à prouver : chefs d’Etat, brillantes scientifiques, conquérantes de l’espace, artistes… il n’est pas de domaine qu’elles n’aient investi. Pour autant et globalement, leur situation est encore dure à supporter. Ce n’est pas demain que nous verrons les deux moitiés de l’humanité œuvrer ensemble en vue d’améliorer un sort commun. Mais l’espoir est permis.

Des hauts et des bas

La voie qui conduit à l’égalité a connu des étapes décisives, qu’elles aient marqué des avancées ou des reculs. Voici quelques dates qui ont compté.

  • 1791 – Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, écrite par Olympe de Gouges.
  • 1792 – L’Assemblée législative vote la loi sur le divorce en 1792.
  • 1793 – La Convention interdit les clubs féminins. Cette même année, le 3 novembre (ou le 8, selon les sources) Olympe de Gouges est décapitée.
  • 1816 – La loi sur le divorce est abolie. Rétablie en 1884 (uniquement pour fautes). Le divorce par consentement mutuel est mis en place en 1975.
  • 1880 – création des lycées pour filles car si l’on en croit le député Camille Sée, soutenu par Jules Ferry, « les filles sont aussi aptes que les garçons à recevoir l’éducation secondaire. » Cette opinion n’est pas partagée par tous les députés et la décision n’est acquise qu’après un débat houleux.
  • 1900 – 1er décembre, les femmes accèdent au barreau.
  • 1903 – Le prix Nobel de physique est remis à Marie Curie.
  • 1911 – Le prix Nobel de chimie est remis à Marie Curie.
  • 1920 – L’avortement est interdit et la contraception est passible d’amende et même de prison.
  • 1942 – L’avortement est considéré comme un crime contre l’Etat.
  • 1943 – Marie-Louise Giraud est guillotinée pour ce crime.
  • 1945 – Les femmes françaises accomplissent leur devoir de citoyennes pour la première fois.
  • 1974 – La loi Veil autorise l’IVG (interruption volontaire de grossesse).
  • 2011 – Le prix Nobel de la paix est remis à trois femmes : deux Africaines, toutes deux du Libéria, Leymah Gbowee et Ellen Johnson Sirleaf (chef de cet Etat depuis 2006) et une Yéménite : Tawakkul Karman.
    Pour en apprendre davantage, cliquez sur le lien Première femme

(1) C’est seulement en 1906 que le député Paul Dussaussoy présente la première proposition de loi visant à reconnaître le droit de vote aux femmes, mais il décédera en 1909 sans avoir vu son projet aboutir. D’autres prendront sa suite. Mais si les députés votent pour, les sénateurs s’y opposent. Un rendez-vous manqué, une nouvelle fois.

(2) Depuis le 10 décembre 1869, aux Etats-Unis, les femmes du Wyoming jouissaient du droit de vote. Pour plus de détail sur le droit de vote des femmes dans le monde, cliquez sur le lien En savoir plus

Source :
lebatimentartisanal.com
Jean Louis GAUTIER

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