Les spécificités de l’entrepreneuriat féminin

Aujourd’hui, personne ne remet en cause l’idée selon laquelle entreprendre au féminin contribue au développement économique de notre pays. C’est ce qui explique les nombreux efforts des réseaux, clubs et institutionnels pour le développer davantage. En effet, si les femmes connaissent moins de défaillances, leurs motivations et les freins qu’elles s’imposent à elles-mêmes confèrent à l’entrepreneuriat féminin des caractéristiques propres qui le distinguent de la création d’entreprise au masculin. Explications.

Entreprendre au féminin, des aspirations diverses

Les profils des femmes entrepreneures sont aussi variés que ceux de leurs homologues masculins. Cependant, il est à noter que leurs aspirations à créer une entreprise sont plus influencées tant par leur environnement familial que sociétal et professionnel.

Ainsi, pour reprendre l’analyse de la typologie de l’entrepreneuriat féminin dressé par A. Andria et I. Gabarret (2016), on peut distinguer trois types de profils de femmes entrepreneures.

Les femmes entrepreneures par nécessité

Ces femmes, difficilement employables ou avec un haut niveau de qualification, entreprennent en réaction à des situations incontournables (chômage, subsistance du foyer, pratiques discriminatoires…). Dans l’obligation « d’assurer les besoins primaires du foyer », elles décident donc de lancer leur activité.

Les femmes entrepreneures par opportunité

Frustrées professionnellement en raison des écarts de salaires ou de propositions d’avancement nulles, ces femmes quittent leur emploi pour relever le défi de l’entrepreneuriat pour se réaliser. De nombreuses jeunes diplômées de grandes écoles font également ce choix dès la fin des études pour concrétiser une idée et gagner en liberté.

Les femmes entrepreneures par conciliation travail et famille

L’envie de travailler tout en ayant une vie familiale épanouie incite les femmes entrepreneures à créer leur propre activité, notamment en raison de la flexibilité des horaires que l’entrepreneuriat favorise. Cela est particulièrement vrai pour les micro-entreprises, car pour les projets plus importants, les enfants sont souvent un frein.

Comme nous pouvons le voir, les profils d’entrepreneures et leurs motivations sont donc assez hétérogènes. Un constat renforcé par l’édition 2019 de l’Observatoire national de l’Entrepreneuriat Féminin révélant que « 37 % des femmes entrepreneures ont créé leur entreprise pour se sentir plus autonome (-9 %), et 35 % pour donner un sens à leur vie (+13 %). 36 % d’entre elles ont peur de ne pas dégager assez de revenus. Aujourd’hui, 51 % ont un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle ».

Entreprendre au féminin, les freins à l’envol

Souvent, lorsque les femmes pensent créer leur entreprise, « un ensemble de facteurs, à la fois endogènes et extérieurs à elles, vont se combiner pour influer sur la concrétisation de leur projet (entendue ici comme le lancement effectif de l’entreprise, indépendamment de son succès, de sa rentabilité, etc.)*. »  Si l’on compte des leviers à la concrétisation du projet entrepreneurial, on compte également de nombreux freins.

1. Le manque de confiance

C’est le premier frein que s’imposent les femmes. En effet, de manière générale, elles s’estiment moins compétentes que les hommes pour mener à bien une création d’entreprise et la pérenniser sur le long terme. Et, pourtant, la plupart sont en moyenne plus diplômées que leurs homologues masculins.

2. La situation familiale

Une création d’entreprise exige du temps et de l’engagement pour son lancement et sa pérennisation. Il est donc souvent plus facile pour une jeune diplômée sans enfants de se projeter dans l’avenir entrepreneurial que pour une femme en couple et désirant devenir mère. En effet, faute de soutien du conjoint, de bonnes conditions organisationnelles, le projet de cette dernière est souvent reporté ou abandonné.

3. Le financement

Les femmes sont toujours soucieuses de préserver une rentrée financière pour faire face aux dépenses du quotidien. Cet aspect freine donc leur ambition d’entreprendre. Et, quand elles passent ce cap psychologique, elles ont très peur de s’endetter et de ne pas pouvoir rembourser en cas de dépôt de bilan. comme le confirme l’étude de l’Observatoire National de l’Entrepreneuriat Féminin : « 8 femmes sur 10 se lancent avec leurs seules économies et seulement 7 % d’entre elles lèvent des fonds. La plupart d’entre elles, si elles sont optimistes (82 %) pour leur projet, ont une forte crainte de l’échec. La peur de ne pas dégager assez d’argent pour se verser un salaire (37 %), devant la peur de l’échec financier pour l’entreprise (30 %) sont sources d’anxiété au quotidien. »

En conclusion, les femmes entrepreneures sont plus mesurées que les hommes et n’envisagent pas l’entrepreneuriat sous le seul prisme de revenus plus substantiels. Pourtant, malgré les freins, « 40 % des femmes interrogées recommandent de se lancer dans l’entrepreneuriat ». L’entrepreneuriat féminin est donc tiraillé par deux sentiments : entreprendre pour être libre et actrice de sa vie, de l’autre subir sa vie de peur d’échouer. Un travail psychologique pour gagner en confiance est donc à privilégier dans l’entrepreneuriat féminin, d’où l’importance des réseaux et des dispositifs d’accompagnement pour leur donner les clés menant à la réussite.

*B. Badia, F. Brunet, P. Kertudo, Les femmes et le défi de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale – Le cas des entrepreneuses et des mères en congé parental, Recherche sociale 2013/4 (N°208), Pages 7 à 57.

 

Vous êtes conjoint collaborateur,
Pourquoi se déclarer?

Pour quel statut et comment se déclarer ?

Toutes les informations et les démarches à suivre pour votre déclaration.

En savoir plus
BOITE à outils

Annuaire utile pour les femmes des artisans, Les actualités, Formation pour les femmes d’artisans, Documentation pour les femmes des artisans, Questions / réponses

en savoir plus